Mascarade


« La mascarade » de Nancy Huston et Sacha Todorov au Petit théâtre de Lausanne, une expérience fantastique et la première collaboration avec John O’Hear aux lumières  pour créer un univers disjoncté. Un vrai plaisir, une grande liberté dans le travail, j’adore.

Scénographie et création costume Masha Schmidt

On rit généreusement au fil du jeu de rôles imaginé, dans Mascarade,
par Nancy Huston et son fils Sacha. D’abord en toute légèreté
«enfantine», puis dans une tonalité plus grinçante et «jaune», où les
problèmes des adultes, sur le divan d’un psy joliment caricaturé, nous
ramènent à la case départ des vieilles blessures faisant de beaucoup
d’entre eux de vieux gamins.

Caspary

On rit généreusement au fil du jeu de rôles imaginé, dans Mascarade,

par Nancy Huston et son fils Sacha. D’abord en toute légèreté
«enfantine», puis dans une tonalité plus grinçante et «jaune», où les
problèmes des adultes, sur le divan d’un psy joliment caricaturé, nous
ramènent à la case départ des vieilles blessures faisant de beaucoup
d’entre eux de vieux gamins.

Le thème dominant, éminemment théâtral et dès les origines de cet art,
du masque et de ce qu’il masque ou démasque, est traité par les auteurs
comme une suite de variations sur des situations connues. A commencer
par la rencontre du loup et de la chèvre, qui échappe à son pauvre sort
en s’improvisant chasseur, avant que le loup se mue en tyrannique
épouse fomentant le meurtre de ce nul, devant laquelle se dresse alors
un flic, que défie un rappeur à la coule, bientôt troublé par une
mijaurée que sa mère harcèle en dépit des conseils de son thérapeute. .

Jardinage kitsch

Sur ce canevas à l’étincelant crescendo verbal, en tout cas jusqu’à
l’apparition de la mère et du psy aux réparties plus attendues, voire
plus pesantes, l’équipe de la Compagnie Baraka, sous la direction de
Georges Guerreiro, assisté de Vincent Babel, signe une création assez
épatante dans l’ensemble, dont l’interprétation virevoltante et
drolatique des deux comédiens, Frédéric Landenberg et Diego Todeschini,
constitue un atout plus qu’appréciable.

Dans un décor kitsch de nid de Barbie, signé Masha Schmidt, à fond de
peluche rose bonbon où telle escarpolette gainée de plumes d’anges
jouxte moult jouets mous et doux pour têtes blondes supergâtées, une
intro un peu longuette, où deux jardiniers jardinent ce parodique
jardin des délices enchanteresses, aboutit soudain à l’apparition d’une
irrésistible chevrette que vient harceler (sexuellement, prétend la
donzelle) le loup, dont les intentions sont traditionnellement moins
apéritives.

Dans les grandes largeurs, l’intention des auteurs de figurer le
chassé-croisé des relations de domination selon le rôle qu’on endosse,
avec tous les renversements subséquents, qu’il s’agisse de conflits de
fonctions ou de genre, d’espèces ou de générations, est modulée par un
dialogue fourmillant d’inventions verbales et de pointes propres à
ravir le jeune public (l’indication «dès 9 ans» est à souligner), et
les enfants de plus 17 ans feront leur miel de plusieurs autres aspects
d’un humour aux multiples connotations, parfaitement ressaisi par le
metteur en scène et les comédiens.

JEAN-LOUIS KUFFER